13h40
Un samedi matin tout ce qu'il y a d'ordinaire. Devant ma télé. Je glande, je pense, comme un peu tout le temps. Et je regarde Dawson. Eh oui, Dawson inspire des pensées philosophiques et métaphysiques, croyez le ou non. Après tout je n'ai jamais prétendu être normale et ordinaire. Ce qui est sûr, c'est que philosophie ou pas philosophie – de toute façon j'ai jamais beaucoup aimé la philo, faut dire ce qui est – Dawson porte des messages divers et variés. Notamment d'espoir, d'envie, toutes ces choses qui remplissent ma vie en permanence, avec lesquelles je vis, mais qui ces derniers temps ne me suffisaient plus. Sans savoir pourquoi j'ai eu l'impression que ma vie était vide, et j'ai tenté de la remplir avec beaucoup de choses futiles et inutiles : rires forcés, activités bidons, faux-semblants, sorties sans intérêt... Je viens juste de m'apercevoir que ma vie n'est pas vide, et loin de l'être. Au contraire, elle est remplie de joie, de peine, de bonheur, de douleur, de plaisir, d'envies diverses et variées, d'espoirs en tout genre, et je viens de me rendre compte que c'est l'essentiel. Pour rien au monde je n'échangerais ma vie remplie de rêve et d'espoirs contre une vie peuplée d'activités inintéressantes et de sentiments plus faux les uns que les autres. Je préfère me sentir seule et rêver qu'être entourée mais sans espoirs.
Evidemment, les espoirs font mal. Les rêves, parfois, souvent, se brisent. Il y a les désillusions, les chutes, les cassures qui accompagnent quiconque se hasarde à rêver et espérer, mais la douleur fait partie du rêve et de l'espoir, et même s'il faut souffrir, je n'arrêterai pas d'espérer. Mardi j'ai perdu deux de mes chapitres, dont j'étais vraiment fière. Mercredi, j'ai perdu mon écrivain préféré, mon mentor en matière d'écriture, d'imagination et de destinée. Jeudi j'ai perdu l'espoir auquel je me raccrochais depuis trois semaines. Et vendredi j'ai juste perdu toute vitalité ; fatiguée, lassée, déprimée, je me suis laissé aller. Aujourd'hui, Dawson me fait me ressaisir, vous devez vraiment trouver ça bizarre mais je me comprends, et ceux qui me comprennent comprendront. Je suis cette série depuis des années, depuis mon enfance. J'ai vu ces destins évoluer au fil des saisons, au fur et à mesure que moi-même je grandissais et faisais mes expériences, plus ou moins positives, de la vie. Maintenant j'ai dix-huit ans, je suis majeure, je commence la vraie vie, et je suis pleine de questions, d'interrogations, de doutes et de peurs. Je voudrais m'accrocher à ce que je connais, ce qui m'entoure depuis mon enfance, rester dans un cocon douillet et rassurant... Mais d'un autre côté je veux aussi m'envoler, avancer, suivre le lit de la rivière et voir où il m'emmènera... La cascade violente ou la douce torpeur de l'océan ? Allez savoir, qui vivra verra. En tout cas je veux aller de l'avant. Il m'aura fallu une stupide série pour adolescents sentimentaux pour me rendre compte que je n'ai pas à choisir entre passé, présent et futur. Le passé sert à pousser mon présent et ceux qui le constituent vers l'avenir. Je veux aller de l'avant, connaître de nouvelles choses, de nouvelles expériences, découvrir, avancer... Dans quelques années je ne veux pas en être encore au même point : une toute jeune adulte névrosée et qui fait semblant d'être courageuse pour résister à la douleur de la distance qui la sépare de l'amour de sa vie, qui doute de ses talents dans la réalisation de son rêve le plus cher et sa plus grande passion, et qui avance en tanguant sans savoir où elle va. Non, je veux que tout ait changé, je veux que mes rêves se soient réalisés. Je veux avoir fini Ghaya, je veux avoir réussi à devenir un vrai écrivain, je veux vivre épanouie à ses côtés, être heureuse, savoir pourquoi je vis. Je veux réaliser mes rêves, je veux aimer, vivre, espérer, attendre, désirer, aimer, rêver... Je ne veux plus rêver pour vivre. Je veux vivre pour rêver.
(Et si ça ne marche pas... Eh bien j'attendrai ma prochaine vie, où je serai un chat chatouilleux, avec des goûts de luxe, qui passera ses journées à manger – du saumon fumé, pas n'importe quelle bouillie infâme pour animaux de bas étage, attention U.u – et à dormir, en exigeant des caresses et en ronronnant en permanence, me contentant d'aller chasser quelques souris de temps à autres histoire de me détendre un peu... La meilleure existence dont on puisse rêver, n'est-ce pas ? ^^)
Tonight.An other Night. Forever and Ever.
♪ Musique : My Name is Lincoln - Steve Jablonsky ♪


