18h07
Des fois y'a des soirées comme ça, c'est vraiment des soirées de merde. Même des jours en fait, voire des semaines ou des mois entiers. Des journées dont la moitié nous laisse endormie et groggy comme si on sortait d'un coma de trois ans, et l'autre moitié nous fout un cafard grand comme feu le Wall Street Center parce qu'on est seule, comme une conne, qu'on a une tonne de devoirs et que, comme une conne, on n'est pas foutue de les faire, et qu'en plus, comme une conne, on n'est pas foutue de mettre la main sur quelqu'un d'assez gentil - et qui nous déteste pas trop de préférence – pour accepter de prendre une heure sur son précieux temps pour faire ce putain de montage de musiques pour ce putain de sport demain.
Y'a des journées comme ça où on a l'impression que le monde entier nous abandonne, que tous ceux qu'on aime sont trop occupés ailleurs, enrôlés dans leur propre vie qui se déroule aussi vite et passionnément que la votre est lente et agonisante, pour s'arrêter deux secondes, vous écouter, vous soutenir, vous aimer. Vous ne savez plus trop penser s'ils sont trop aveugles pour voir que ça ne va pas ou s'ils s'en fichent juste, s'ils sont partis sans que vous vous en aperceviez. Même pas foutue de garder les gens qu'on aime auprès de soi...
Y'a des journées pourries où vous êtes agressive comme un ours qui a pas mangé depuis six mois, où vous hurlez sur tout le monde sans même vous expliquer pourquoi alors que vous avez du mal à respirer à cause de cette énorme boule de larmes dans votre gorge qui vous étouffe peu à peu, et que vous voudriez juste vous pelotonner dans des bras affectueux pour pleurer toutes les larmes de votre corps. Une gamine de cinq ans, voilà ce que vous êtes...
Y'a des journées où vous ne savez plus ce que vous voulez, ce que vous valez, où vous avez juste l'impression d'avoir tout loupé, de ne jamais avoir rien fait de bien dans votre vie, et de vous retrouver là, comme une idiote, seule, à pleurer. Vous vous dites que ça va passer, d'ailleurs vous savez que ça va passer, tout passe toujours... Mais il y a toujours ce vide dans votre c½ur. Le vide laissé par leur absence, par le manque d'Eux, qui constituent tout ce que vous êtes et avez. Eux que vous aimez. Eux que vous torturez un peu plus à chaque seconde.
Ces jours-là, au final, vous ne vous dites qu'une chose : vous êtes un monstre.
~°_Enora_°~