10h13
A ce moment là de l'article, c'est-à-dire au tout début, si vous me connaissez un tantinet, vous allez forcément vous poser la fatidique question : mais pourquoi diable suis-je debout aussi tôt en plein mois d'août ? La réponse est : parce que, comme si mon moral n'était pas assez bas, je vais me traîner dans la boue et les feuilles de tabac toute l'après-midi mais, avant ça, ma mère m'a admirablement confondue avec Cendrillon et m'a commandé mille et une tâches ménagères à effectuer pendant qu'elle s'éclate je-ne-sais-où.
Mais revenons au sujet principal de cet article. Voilà maintenant... *essaye vainement de compter correctement sur ses doigts*... Un bout de temps que j'ai des loooongues périodes où je vais mal suivies de très courtes périodes où je vais bien. Il semblerait en fin de compte que je n'ai toujours pas totalement quitté le charmant Monde de la Suicido-Dépression, dans lequel je réside à temps plein, partiel, proportionnel ou égal depuis un moment.
Là-bas, le paysage n'a rien d'envieur. Pas d'interminables landes boisées, pas de reflux de mer sur les rochers, non, non. En fait, il n'y a que deux couleurs majeures : le noir (pour tout ce qui entoure ledit visiteur : une vision diurne n'est pas recommandable, préférez la nocturne qui vous sera plus utile) et le rouge, pour les nuages de sang qui s'ébattent dans le ciel de jais, les rivières de sang qui coulent çà et là, les mers de sang qui vont et viennent au gré des marées ou, disons le plus clairement, des suicides réguliers des pensionnaires qui l'approvisionnent. Impossible de déterminer un quelconque climat, tous semblent insupportables. Autant les vents glacials qui parcourent le pays, de la Potence à la Baignoire (Ne sont-ils pas charmants ces noms de bourgs ?), comme les bouffées de chaleur qui emplissent l'air au point de le rendre irrespirable.
Maintenant que nous avons fait le tour du territoire, voyons un peu ses charmants résidents. Âges, tailles, états de santé ou encore apparences physiques importent peu. Tous sont unis par un même désir, une même volonté qui à elle seule gouverne l'entierté de leur "vie", ou du moins la pseudo-existence déplorable qui en tient lui dans le Monde de la Suicido-Dépression : mourir, le plus vite possible. Les moyens sont divers et variés, plus ou moins douloureux : noyade, pendaison, électrocution, artère tranchée, saut dans le vide, et autres méthodes plus ou moins originales. A ce point commun chez tous les habitants s'ajoute le profil habituel du suicido-dépressif, qui varie néanmoins d'une personne à l'autre. Profond dégoût de soi-même, quête de la solitude tout en espérant rester entouré, auto-enfoncement dans la spirale bien connue de la dépression, crises de colère et de tristesse par intermitence, mutisme récurrent, apparence la plus transparente et sombre possible, constituent la panoplie de base. A laquelle s'ajoute, chez certains, des caractéristiques comme la schizophrénie, le lunatisme maladif, l'autodestruction massive, créant un environnement des plus malsains qui ne fait qu'alimenter le début de la chaîne : le dégoût de soi-même et; plus que cela, du monde qui entoure nos pensionnaires.
Vous devez commencer à cerner l'ambiance et les personnages, vous faire quelques petites idées et, au final, aboutir à une conclusion : êtes-vous tombé en Enfer ? La réponse est OUI. Le monde tel qu'il est ne les intéresse plus et pour le quitter, les suicido-dépressifs, sans qui le Monde de la Suicido-Dépression n'aurait pas lieu d'être, sont prêts à tout. Se placer en marge de la société pour commencer, puis s'inventer un monde imaginaire, et enfin décider de mourir pour mettre fin à tout cela. Leurs fantasmes morbides sont alimentés par une foule de chose qui les rendent de plus en plus sûrs de leurs convictions suicidaires. Par exemple, les engueulades de couple, la distance qui fait souffrir, les choses les plus banales pour le reste du monde mais qui suffisent à leur enfoncer la tête une nouvelle fois dans la brume obscure de la Dépression comme le Code, le tabac... Dans un éclair de lucidité et de bien-être, qui surgit parfois, ils entrevoyent ceux qui ont été leurs amis et leurs proches et se disent que, finalement, tout n'est pas si noir... Jusqu'à ce qu'ils retombent, encore plus loin, dans une partie encore plus sombre et reculée du Monde, et reviennent à la certitude qu'il n'y a pas pire. C'est faux. Il y a toujours pire.
Ainsi, si vous vous sentez mal, rejeté, si votre passé est trop lourd pour être oublié, assumé ou mis de côté, si plus personne n'a que faire de vous, si vous désirez une seule chose : mourir... Venez rejoindre notre contrée ! Vous vous y sentirez comme chez vous, et vous n'en repartirez plus jamais...
Bienvenue dans mon Monde
~°_Enora_°~
